Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

charger la barque [v]

charger la mule ; exagérer ; trop en rajouter ; en dire au-delà du raisonnable ; accabler quelqu'un ; saturer quelque chose ; avoir trop d'ambition

Origine et définition

Si vous prenez une barque de taille ordinaire et que vous casez dedans une dizaine de mules, il est incontestable que la barque va couler.
Si vous prenez une mule et que, de chaque côté de son bât, vous lui fixez une barque remplie de cailloux, elle va vous regarder d'un œil torve et réprobateur avant de s'écrouler par terre.
Dans les deux cas, donc, si vous chargez de manière démesurée l'un ou l'autre, vous courez au devant d'ennuis, votre moyen de transport n'étant plus capable de remplir son rôle.
Voilà pour le sens propre assez limpide de ces deux expressions aisément compréhensibles, même si vous n'êtes pas un marin[1] ou un conducteur de mule.
Leur signification métaphorique en découle plutôt logiquement.
En effet, quel employé de bureau fainéant (si, si, il en existe !) à qui on aura confié un boulot de deux heures à rendre dans cinq jours n'aura pas dit à son supérieur qu'il chargeait un peu trop la mule ? Quel politique, à la veille d'élections, n'aura pas beaucoup chargé la barque de promesses qu'il était pourtant certain de ne jamais tenir ? Quel coupable n'aura pas été accusé à tort de nombreux méfaits autres que ceux réellement commis ? Ou, encore, nombreux sont les nouveaux entrepreneurs trop sûrs de leur projet qui, au moment de rechercher des fonds, auront un peu trop chargé la barque en prétendant faire exploser tous les compteurs de progression de leur chiffre d'affaires dans les six mois à venir ?
Et, étrangement, bien que les barques ou les mules existent depuis de très nombreux lustres, et qu'en argot, le verbe charger signifie « exagérer » depuis la fin du XIXe siècle, ce n'est qu'à partir des années 1980 que les deux expressions sont apparues avec leur forme figurée.
À l'inverse, ne pas charger la barque (ou la mule), c'est procéder avec pondération, en se concentrant sur ce qui est indispensable.
Dans le monde du cyclisme, « charger la mule » (ou « se charger ») veut aussi dire « se doper », un coureur chargé étant un coureur ayant absorbé d'une manière ou d'une autre quelques substances illicites destinées à lui procurer un peu de tonus et de résistance dans ses gambettes.
Mais, bien entendu, cela ne se produit qu'à l'insu du plein gré du coureur...
[1] Vous n'avez jamais vu de barque ? Qu'à cela ne tienne ! Prenez une noix et, sans les briser, séparez en les deux moitiés de la coquille à l'aide d'un couteau. Enlevez le cerneau de la noix, remplissez votre lavabo, et posez sur l'eau la demi coquille, le côté arrondi vers le bas. Vous avez là l'équivalent d'une mini-barque à propos de laquelle on peut spontanément dire « fluctuat nec mergitur » (). Maintenant prenez dix mini-mules et placez-les dans votre esquif. Vous constatez avec un grand désarroi que la coquille de noix coule avec les mules. CQFD. Votre expérience ne devrait donc pas faire d'émules, puisque vous les avez noyées.

Exemples

« Si on charge la mule des collectivités au-delà du raisonnable, elles se retrouveront rapidement dans l'impossibilité de faire face à leurs tâches nouvelles, sauf à augmenter terriblement les impôts. »
Jean-Paul Huchon (avril 2004)

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand den Bogen überspannen trop tendre la corde de l'arc
Anglais to lay it on thick forcer sur le mortier . En mettre une couche trop épaisse
Anglais to over-egg the sauce mettre trop d'oeuf dans la sauce
Anglais (USA) to go overboard aller par-dessus bord
Arabe (Tunisie) khra fih chier dedans
Espagnol (Argentine) pasarse de la raya dépasser le trait
Espagnol (Espagne) cargar las tintas charger les encres
Espagnol (Espagne) la avaricia rompe el saco l'avarice rompt le sac
Espagnol (Espagne) pasarse tres pueblos passer trois villages
Gallois mynd dros ben llestri dépasser la vaisselle
Gaélique écossais cur ris an fhirinn ajouter à la vérité
Néerlandais (Belgique) te hoog mikken viser trop haut
Néerlandais (Belgique) te veel hooi op zijn vork nemen prendre trop de foin sur sa fourche
Néerlandais dat doet de deur dicht ceci ferme la porte
Néerlandais de pan uitrijzen dépasser les bornes
Néerlandais z'n hand overspelen jouer en-dessus de son jeu - exiger trop
Polonais przeholować holując przenieść statek
Portugais (Brésil) passar dos limites passer les limites
Roumain s-a umplut paharul le verre est rempli
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « charger la barque » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « charger la barque » Commentaires

  • deLassus
    31/01/2021 à 22:23*
    Respect de la Parole de God ?

    Le chapitre Origine et définition est très différent de ce qu'on trouve dans le livre "Les 1001 expressions préférées des français" (2011).
    Texte du Livre : voir mon # 122.

    L'exemple, lui, est identique.

    Bravo Reverso, pour n'avoir touché à rien !
  • deLassus
    04/03/2021 à 05:58*
    • En réponse à deLassus #121 le 31/01/2021 à 22:23* :
    • « Respect de la Parole de God ?

      Le chapitre Origine et définition est très différent de ce qu'on trouve dans le livre "Les 1001 expressions... »
    Texte du Livre à venir : Patience !

    Merci d'avoir patienté : j'espère que vous ne serez pas trop déçus, parce que, pour une fois, notre God bien-aimé a, dans Son Livre, considérablement raccourci Son propos. Jugez-en :

    Titre de la page : Charger la mule
    Sous-titres :
    1. Exagérer
    2. Accabler (quelqu'un, saturer (quelque chose)

    "Le verbe argotique 'charger'; pour exagérer, existe depuis la fin du XIXème siècle. mais cette expression semble être très récente, même si la locution chargé comme une mule / un mulet / un baudet pour dire 'très lourdement chargé' existe au sens propre depuis le début du XVIIIème.
    La 'mule' est un image qui a très probablement été ajoutée à la suite du verbe parce qu'on sait que cet animal est capable de porter ou déplacer des charges très lourdes. C'est donc un animal qu'on peut 'charger' de nombreuses choses, parfois en exagérant, sans qu'il ploie.
    Par extension, cette notion d'exagération de charge(s) se retrouve lorsqu'on accable quelqu'un ou qu'on l'accuse de toutes sortes de choses dont il n'est pas forcément coupable."

    [Pas trop déçus ?]