Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

et voilà pourquoi votre fille est muette [exp]

tout ça pour ça ; ce n'était décidément pas la peine de parler autant ; c'est un long discours qui n'a abouti à rien

Origine et définition

La fille muette, c'est l'enfant de Géronte, Lucinde, qui a perdu la voix, ou bien qui le simule, suite à un amour contrarié.
Le médecin qui doit la soigner, c'est Sganarelle.
Et ces personnages se trouvent ensemble dans la pièce de Molière "le médecin malgré lui".
Dans la scène 6 de l'acte II, Sganarelle explique à Géronte les raisons du mal de sa fille en utilisant des explications extrêmement alambiquées, sans réel sens et donc incompréhensibles, probablement même pour celui qui les prononce.
La fin de son explication donne un aperçu du reste du diagnostic :
« Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabandus, nequeyrs, nequer, potarimum, potsa milus. Voilà justement pourquoi votre fille est muette. »
L'effet comique de cette phrase de conclusion d'un discours abscons a suffisamment marqué les esprits de l'époque pour qu'elle en devienne une expression.
Par ironie, elle s'emploie également à la fin d'une explication d'une totale évidence, donc à l'opposé de l'utilisation normale.

Exemples

« Retiré dans sa chambre, il lit "Le Phédon". Il y apprend pourquoi l'âme est immortelle par les mêmes procédés qui vous apprennent pourquoi votre fille est muette. »
Henry de Montherlant - La mort de Caton - 1969

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais And that's how the leopard got its spots Et c'est comme ça que le léopard a acquis ses taches [d'après un conte d'enfants de Rudyard Kipling]
Anglais (USA) I rest my case Voilà qui boucle mon plaidoyer
Anglais (USA) That's how the cookie crumbles c'est comme ça que le biscuit tombe en miettes
Espagnol (Espagne) No hay más que hablar ! Il n'y a plus de quoi parler ! / Il n'y a plus rien à dire / Il n'y a rien à ajouter
Espagnol (Espagne) No se hable más ! N'en parlons plus !
Espagnol (Espagne) Y punto final ! Et point final ! / ... Un point, c'est tout !
Hongrois na, akkor hány éves a kapitány? il a quel âge alors, le capitaine?
Latin Filia tua non dicit aliquid de illo votre fille n'en démoule pas une
Néerlandais veel geschreeuw (geblaat), maar weinig wol beaucoup de bruit (rumeur) mais petite toison
Néerlandais (Belgique) punt amen en uit point amen et éteint
Néerlandais amen amen
Néerlandais dat is 'abracadabra c'est du 'abracadabra
Néerlandais waarom ? daarom ! pourquoi ? parce que ! )
Portugais (Brésil) não se fala mais nisso on n'en parle plus
Roumain de aia-i ursul scurt de coadă și vulpea abia și-o poate duce voilà pourquoi l'ours a la queue courte et le renard peut à peine l'emporter
Slovaque prečo ? Preto ! Pre staré vreco a novú záplatu pourquoi, Parce que ! A cause du vieux sac rapiécé
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « et voilà pourquoi votre fille est muette » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Variantes

  • Voilà pourquoi votre Émile est fluet

Commentaires sur l'expression « et voilà pourquoi votre fille est muette » Commentaires

  • #21
    Elpepe
    28/05/2009 à 15:20
    • En réponse à <inconnu> #15 le 28/05/2009 à 12:24 :
    • « Je confirme, à la Grande Muette, on appelle la Marine, la Grande Mouette. »
    Et voilà comment tu es collé samedi avec Mickey !
  • #22
    Elpepe
    28/05/2009 à 15:22
    • En réponse à <inconnu> #16 le 28/05/2009 à 12:41 :
    • « J’ai commis, au milieu des années 70, à une époque où word n’existait pas, avec une paire de ciseau, un pot de colle et la volonté farouche... »
    Médecin volant

    Quand les médecins voleront, Sganarelle sera chef d’escadrille ?
    Michel A.
  • #23
    <inconnu>
    28/05/2009 à 15:41
    • En réponse à Elpepe #22 le 28/05/2009 à 15:22 :
    • « Médecin volant
      Quand les médecins voleront, Sganarelle sera chef d’escadrille ?
      Michel A. »
    A une différence près, Le Sganarelle du Médecin volant est un domestique se faisant passer pour, alors que celui du Médecin malgré lui se prend et se fait passer our un vrai toubib.
    Toubib or not toubib?
    William
  • #24
    Elpepe
    28/05/2009 à 15:46
    • En réponse à <inconnu> #23 le 28/05/2009 à 15:41 :
    • « A une différence près, Le Sganarelle du Médecin volant est un domestique se faisant passer pour, alors que celui du Médecin malgré lui se pr... »
    Ah ben tiens, Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui.
    Alphonse A.
  • #25
    <inconnu>
    28/05/2009 à 16:01*
    • En réponse à Elpepe #24 le 28/05/2009 à 15:46 :
    • « Ah ben tiens, Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui.
      Alphonse A.... »
    Et qui, pendant qu’il y était, a aussi écrit le Théâtre de Molière, donné un coup de main à Corneille, et écrit les deux dernières pièces de Laurent Baffie.
    J’allais oublier, il aussi écrit l’Illiade et l’Odyssée, attribuées par pure méchanceté à un aveugle.
    Tristan B.
  • #26
    mickeylange
    28/05/2009 à 17:44
    • En réponse à Elpepe #20 le 28/05/2009 à 15:19 :
    • « Ah, mon tout-petit... mon disciple...
      Et oualà comment tu es collé samedi ! :’-)) »
    Je suis déjà collé samedi et en plus aux fers !
    Alors ta colle, ne me fera pas crier comme une mouette !!! 😛
  • #27
    chirstian
    28/05/2009 à 18:23*
    • En réponse à <inconnu> #16 le 28/05/2009 à 12:41 :
    • « J’ai commis, au milieu des années 70, à une époque où word n’existait pas, avec une paire de ciseau, un pot de colle et la volonté farouche... »
    suffit de demander ! cette page
    En fait , après recherches : cette scène est tirée du Médecin malgré lui cette page.
  • #28
    <inconnu>
    28/05/2009 à 19:33*
    • En réponse à chirstian #27 le 28/05/2009 à 18:23* :
    • « suffit de demander ! cette page
      En fait , après recherches : cette scène est tirée du Médecin malgré lui cette page. »
    J’ai encore parfois des réflexes datant d’avant la toile, au point de ne pas avoir imaginé d’y chercher une pièce de Molière!
    Si tu compares Médecin volant et Médecin malgré lui, tu vois combien le second emprunte au premier, comme je l’écris en 1 ci-dessus. Et combien, entre les deux textes, la force comique de Molière s’est affirmée...
    Ce qui ne m’empêche pas de penser - et je ne suis pas le seul - que Corneille à mis sa patte dans les oeuvres majeures, telles Le Misanthrope, Don Juan, L’Ecole des Femmes, par exemple.
  • #29
    <inconnu>
    28/05/2009 à 19:58
    Puisque nous sommes dans le théâtre et les mouettes, ne pas rater cette page. Attention, chef-d’oeuvre. Malheureusement, je ne suis pas parvenu à trouver le texte intégral sur la toile.
  • #30
    mident
    28/05/2009 à 19:59
    Bizarre autant qu’étrange ! Voilà une expression qui, au vu des interventions, ne semble pas être utilisée par grand monde.
    Pourtant, elle m’est extrêmement familière. Je l’utilise très souvent lorsque mes petits-enfants posent des questions auxquelles il faut donner beaucoup de détails ou bien des choses tellement évidentes que leur question semble idiote. A chaque fois, ils me regardent avec des ronds et il faut recommencer une nouvelle explication. Lorsqu’en classe, ils étudient Molière et cette fameuse phrase, ils sont vraiment contents de venir m’annoncer la chose.
  • #31
    Jonayla
    28/05/2009 à 20:09*
    • En réponse à chirstian #6 le 28/05/2009 à 09:40* :
    • « en cette période de crise , où se multiplient les les interventions d’experts, il me semble paradoxalement que l’expression est de moins en... »
    C’est déjà le cas dans des domaines aussi variés que l’éducation , où chaque parent croit en savoir plus que n’importe quel pédagogue sur l’intérêt des dictées ou les mérites de la méthode globale

    Tu me permettras de mettre un dièse à défaut de bémol : en tant que fille, soeur et tante d’instituteurs/trices, et en tant que maman d’élèves, j’ai le plus profond respect pour les compétences des professeurs. Il ne me viendrait pas à l’idée de remettre en question leur façon d’enseigner. Et ce d’autant moins que mon frère, instituteur pour les enfants de 5° et 6° primaire (ça veut dire de 10 - 12 ans - en principe), s’est fait avoiner par un inspecteur parce qu’il donnait une dictée à l’examen
    "ça dépasse le socle de compétences", a dit ce snul. Mon frère lui a rétorqué simplement que le socle était le MINIMUM requis et qu’il ne voyait pas en quoi ça gênait de dépasser ce minimum. L’inspecteur, peu habitué à ce langage, en est resté yeux ronds bouche ronde - une expression pour toi [slurp] ô God suprême des dieux [/slurp]
  • #32
    <inconnu>
    28/05/2009 à 20:21
    Oui, c’est toujours un bonheur de relire Molière ... même si c’est parfois du Corneille !
    Une petite devinette à propos de la Grande Muette : pourquoi l’infanterie se distingue-t-elle en la matière plus que les autres corps d’armée ?
  • #33
    <inconnu>
    28/05/2009 à 20:23
    • En réponse à mident #30 le 28/05/2009 à 19:59 :
    • « Bizarre autant qu’étrange ! Voilà une expression qui, au vu des interventions, ne semble pas être utilisée par grand monde.
      Pourtant, elle... »
    Dis-moi vite dans quel établissement est encore étudié le Médecin malgré lui?
  • #34
    Elpepe
    28/05/2009 à 20:32
    • En réponse à mickeylange #26 le 28/05/2009 à 17:44 :
    • « Je suis déjà collé samedi et en plus aux fers !
      Alors ta colle, ne me fera pas crier comme une mouette !!! 😛 »
    Une mouette ne crie pas, moussaillon : elle criaille. Collé dimanche...
  • #35
    God
    28/05/2009 à 20:41
    • En réponse à <inconnu> #1 le 28/05/2009 à 01:19 :
    • « Les voies de God sont impénétrables… Après Corneille, voici Molière, Ionesco c’est demain ? J’ai failli, hier, vous expliquer, arguments à l... »
    Eh, Picure ! Désolé pour le délai de réaction, j’étions point dispo.
    Je veux bien corriger mon erreur, mais aurais-tu une explication pertinente sur le fait que, dans le livre à cette page, le numéro de la scène est bien le 6 ?
    Sinon, un autre chef d’oeuvre incontestable traitant des mouettes, c’est le film "vos gueules les mouettes" (ceci dit sans vouloir passer pour un branquignol, bien sûr). 😉
  • #36
    Elpepe
    28/05/2009 à 21:09
    • En réponse à God #35 le 28/05/2009 à 20:41 :
    • « Eh, Picure ! Désolé pour le délai de réaction, j’étions point dispo.
      Je veux bien corriger mon erreur, mais aurais-tu une explication pertin... »
    Je note, pour ma part, que ladite scène VI se trouve à suivre immédiatement la scène V, tout en précédant la scène VII. Bizarre...Bizarre ?
    Mais que nenni : car voilà pourquoi Epicure est muet. Gnarf Gnarf !
  • #37
    syanne
    28/05/2009 à 21:21*
    • En réponse à <inconnu> #28 le 28/05/2009 à 19:33* :
    • « J’ai encore parfois des réflexes datant d’avant la toile, au point de ne pas avoir imaginé d’y chercher une pièce de Molière!
      Si tu compar... »
    Je ne sais pourquoi ma contribution apparaît deux fois... elle n’en mérite pas tant, j’essaie donc de supprimer celle-ci !
  • #38
    syanne
    28/05/2009 à 21:27
    • En réponse à <inconnu> #28 le 28/05/2009 à 19:33* :
    • « J’ai encore parfois des réflexes datant d’avant la toile, au point de ne pas avoir imaginé d’y chercher une pièce de Molière!
      Si tu compar... »
    Ce qui ne m’empêche pas de penser - et je ne suis pas le seul - que Corneille à mis sa patte dans les oeuvres majeures, telles Le Misanthrope, Don Juan, L’Ecole des Femmes

    Personnellement, je n’adhère pas du tout aux thèses qui feraient de Corneille une sorte de "nègre" de Molière. Aucun de ses contemporains n’a émis le moindre doute quant à la paternité des oeuvres de Molière, et aucun des spécialistes de notre cher Poquelin (René Bray, en particulier) non plus. Les défenseurs de cette thèse à mon avis fantaisiste ne me semblent pas avoir des arguments très crédibles, en tout cas pas très littéraires, c’est du moins ce que soutenaient mes professeurs. Je te renvoie à cette page qui résume assez bien le sujet. Vois aussi cette page. En ce qui me concerne, modestement, je ne trouve pas de ressemblance, ni de style, ni de philosophie, entre les comédies sérieuses de Molière (le Misanthrope, Tartuffe, Dom Juan) et les oeuvres de Corneille.
    Il me semble qu’il y a là une sorte de "rumeur" comparable à celle qui voudrait faire de Flaubert le père de Maupassant, ce qui est tout aussi infondé.
    Merci en tout cas d’avoir inauguré l’expressio du jour par un large et bel extrait d’un auteur que personnellement je trouve magnifique.
  • #39
    Elpepe
    28/05/2009 à 21:31
    • En réponse à syanne #37 le 28/05/2009 à 21:21* :
    • « Je ne sais pourquoi ma contribution apparaît deux fois... elle n’en mérite pas tant, j’essaie donc de supprimer celle-ci ! »
    Nan na nan... Je le sais, j’y étais : le vrai nègre de Molière, c’est Paul-Loup Sulitzer !
  • #40
    <inconnu>
    28/05/2009 à 21:35*
    • En réponse à God #35 le 28/05/2009 à 20:41 :
    • « Eh, Picure ! Désolé pour le délai de réaction, j’étions point dispo.
      Je veux bien corriger mon erreur, mais aurais-tu une explication pertin... »
    Impardonnable je suis, d’avoir oublié Dhéry et Brosset, D’autant plus que j’ai balladé un certain nombre de "Branqs" sur les routes du Théâtre francophone (Micheline Dax, Jacques Legras...) et utilisé le talent de leur compositeur Jacques Calvi. Impardonnable, si l’Amiral lit cela , il finira peut-être enfin par me coller, surtout, le cas échéant, ne m’accorde aucune indulgence.
    La plupart des pièces de Molière, et plus encore celles du début, ont connu évolutions voire changements, coupures, ajouts, au gré des représentations... et parfois même au gré des changements de distribution, ( comédien absent, on supprime le rôle et on s’aperçoit que la pièce gagne en rythme, on ne le remet pas, et en plus, on économise un cachet... ce n’est qu’un exemple entre mille possibles) dont les éditions successives se sont faites le reflet plus ou moins fidèle. Après la mort de Molière en 1673, ses biographes, exégètes, metteurs en scènes surtout à la Comédie Française, ont fini par établir ce qui est considéré comme les versions définitives de chaque oeuvre. Le lien que tu me donnes est le scan de ce qui fut l’édition originale de 1666. Moi je me réfère au travail de trois distingués moliéristes, co-auteurs des oeuvres de Molière pour les Classiques Larousse, qui eux-mêmes donnent un paquet de références sur la manière dont ils ont "fixé" les élucubrations poquelinesques... en 1948.